Biosécurité : vers un partage des bonnes pratiques à l’échelle européenne

20 mai 2021 - Filières Avicoles

Que se passe-t-il chez nos voisins européens en matière de biosécurité ? Comment les différents maillons de la filière appliquent-ils les mesures de biosécurité et améliorent leur observance ? Ce sont les questions auxquelles va tenter de répondre le nouveau projet européen NetPoulSafe, lancé en octobre dernier. Le point avec Anne-Christine Lefort, vétérinaire chargé de mission Santé et Hygiène pour l’Itavi et Hilde Van Meirhaeghe, consultante vétérinaire pour Vetworks.

Quel est l’objectif de ce projet ?

Hilde Van Meirhaeghe : Le projet réunit sept pays européens (France, Italie, Espagne, Belgique, Hollande, Pologne, Hongrie) avec des structures telles que l’Itavi, l’Anses, l’Inrae et Vetworks entre autres. Nous essayons d’identifier des pistes pour améliorer l’observance de la biosécurité dans les différents maillons de la filière avicole et dans les différents pays, c’est-à-dire en prenant en compte les spécificités de chacun. Le projet s’appuie sur le partage de connaissances et de bonnes pratiques entre pays.

Anne-Christine Lefort : On a une première phase de recensement des pratiques de biosécurité et des raisons de leur bonne ou mauvaise application. Par exemple, il peut être demandé à un éleveur de changer de tenue mais la mesure n’est pas appliquée parce que c’est fastidieux ou que l’éleveur n’y voit pas d’intérêt.

Ensuite, on va s’intéresser aux pratiques d’accompagnement qui sont efficaces pour inciter à la mise en place de ces mesures : par exemple s’il existe une obligation règlementaire, des réunions participatives d’éleveurs pour les amener à trouver des solutions adaptées à leur élevage, des formations, du coaching de l’éleveur par un vétérinaire ou un technicien, etc. Ce sont ces méthodes d’accompagnement que nous allons recenser, puis tester en fermes pilotes dans les différents types de production et dans différents pays et partager en mettant des modes d’emploi pour que chacun puisse se l’approprier.

Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

ACL : Les récents épisodes d’IA ont montré qu’il était important de pouvoir gérer des épizooties non seulement au niveau régional ou national, mais aussi au niveau international, Par exemple, lors de transports d’animaux entre des pays : s’il y a une faille dans la biosécurité, elle aura des conséquences sur l’ensemble de la filière européenne.  Il existe une règlementation européenne, mais elle n’est pas forcément appliquée de la même manière sur le terrain dans les différents états membres, et chacun n’a pas forcément connaissance de ce qui se passe chez les autres. Chaque pays va avoir des pratiques, des systèmes de production qui lui sont propres, avec par exemple des productions plein air qui peuvent être présentes dans certains pays et pas d’autres et qui appellent certains risques en matière de biosécurité.

On a aussi des espèces qui sont présentes dans certains pays et pas dans d’autres. C’est le cas du canard qui appelle une gestion bien spécifique de l’influenza, comme on a pu voir dans le sud-ouest de la France.

Il est donc important de partager ces informations. La demande a d’ailleurs émergé de la part des interprofessions, notamment en France, qui souhaitaient savoir ce qu’il se passait dans les autres pays européens en matière de biosécurité et comment les opérateurs et les pays géraient la biosécurité dans les différents maillons et productions de la filière. Suite à cette demande, nous avons commencé à imaginer le projet Netpoulsafe et à contacter différents partenaires européens pour nous rejoindre. Le projet a été soumis en janvier 2020 au niveau de l’Union européenne et il a été accepté fin mai 2020. Nous avons donc pu lancer le projet en octobre 2020, l’ITAVI pilotant le projet.

Quelles sont les étapes du projet ?

ACL : La toute première étape consiste à mettre en place des réseaux de professionnels dans les pays partenaires qui pourront répondre à toutes les questions et partager plus tard les résultats du projet. Ensuite, on collecte les informations auprès d’éleveurs, mais aussi de conseillers (vétérinaires, techniciens, firmes d’aliments, etc.) et d’opérateurs (organisations de productions, industriels, transporteurs, etc.) au moyen de questionnaires qui visent à identifier quelles sont les pratiques de biosécurité dans leur sphère d’activité et dans chaque pays. Les participants seront sélectionnés par les partenaires de manière à constituer des échantillons représentatifs pour chaque maillon, chaque production et chaque pays.

Ensuite, ces questionnaires donneront lieu à une synthèse qui identifiera tous les éléments d’accompagnement qui permettent une bonne application des pratiques, mais aussi les manquements, c’est-à-dire, les pratiques qui ne sont pas bien mises en place, en essayant de comprendre pourquoi. Est-ce lié à une absence de règlementation ? Un manque de formation ? Une impossibilité ou une contrainte liée à la configuration des bâtiments ? L’absence de mesure d’accompagnement ? Etc.

Les mesures d’accompagnement seront inventoriées et elles seront testées dans des fermes pilotes, pour valider la possibilité de les transposer, dans d’autres pays, espèces ou différents systèmes de production. Les méthodes les plus efficaces seront ensuite expliquées sous forme de documents (supports de formation, cours en lignes, guides de bonnes pratiques, guides pour la mise en place de réunions participatives, vidéos pour montrer les bons gestes, etc.).

Ces documents seront traduits en langues locales et mis à dispositions des professionnels européens sur une plateforme digitale et disséminés par tous les réseaux partenaires, les interprofessions, les acteurs de terrains, les organisations de productions, les organisations des vétérinaires, etc.

À quelle étape du projet en êtes-vous ?

ACL :  Nous en sommes à la phase de collecte d’informations, les données seront ensuite analysées dès la fin d’année, en même temps que la mise en place des fermes pilotes démarrera.

Comment se dérouleront les tests dans les fermes pilotes ?

ACL : On va s’appuyer sur les réseaux nationaux pour identifier les fermes pilotes qui souhaiteraient être accompagnées,  pour tester dans leurs conditions de production les méthodes sélectionnées qui ont fait leurs preuves dans un autre pays. On évaluera ensuite l’amélioration de la mise en oeuvre de la biosécurité dans l’élevage, suite à l’accompagnement.

Quelle sera la plateforme digitale ?

ACL : Nous avons créé un site web (netpoulsafe.eu). Il présente le projet et les partenaires, et hébergera à terme l’ensemble des documents générés par le projet.  Ceux qui le souhaitent peuvent déjà s’inscrire à la newsletter qui commencera à paraître en septembre prochain.

Les premiers documents devraient être mis en ligne en mars 2022 pour constituer une bibliothèque accessible pour les professionnels, avec un moteur de recherche intégré. On va aussi mettre en place un forum de discussion pour que les professionnels puissent échanger entre eux. Les comptes sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Linkedn) viennent d’être créés, et permettront de relayer l’avancement du projet et les supports de formation de manière plus large.

Avez-vous déjà identifié quels sont les points faibles en matière de biosécurité ?

HVM : On constate qu’il y a beaucoup de consignes de biosécurité qui sont connues des éleveurs, mais qui ne sont pas appliquées. Par exemple, le fait de changer de chaussures quand on passe d’un bâtiment à l’autre, pour éviter de transporter des matières fécales d’un élevage à l’autre. C’est une mesure bien connue, mais qui n’est pourtant pas systématiquement appliquée partout, que ce soit par manque d’équipement, manque d’investissement, manque de temps ou manque de motivation.

Quelles seront les pistes d’amélioration ?

HVM : Je ne pense pas qu’on invente beaucoup de choses, mais il va falloir trouver la façon de motiver les gens pour appliquer les mesures existantes. On le voit quand il y a un risque sanitaire, comme en période d’Influenza aviaire, les mesures sont mieux appliquées. Mais il faudrait que ce soit aussi le cas en temps normal.

Quels sont les freins à l’application de ces mesures ?

HVM : Cela peut dépendre de la structure de l’élevage : s’il est géré par des propriétaires ou par des salariés. Cela dépend aussi du niveau de connaissance des intervenants sur les maladies et les risques de transmission. Parfois, il est simplement utile d’expliquer pourquoi on doit appliquer certaines consignes. On fait mieux les choses quand on comprend pourquoi on les fait. On cherche aussi de meilleures façons de communiquer et de former les éleveurs et les techniciens. Peut-être faut-il utiliser des messages plus visuels, notamment pour les élevages où les travailleurs ne parlent pas tous la même langue. Une courte vidéo serait sans doute plus efficace qu’un cours théorique d’une demi-journée. Nous avons d’ailleurs testé de nouveaux formats vidéo à partager sur les réseaux sociaux.

La biosécurité doit aussi être pensée de façon structurelle, à la construction, avec un cheminement qui respecte les mesures à appliquer, que ce soit un passage obligatoire à la douche avant d’entrer dans un bâtiment, une aire de livraison d’aliment qui évite au camion de passer dans l’élevage, etc.

Est-ce que ce projet pourrait à terme amener des avancées législatives pour une harmonisation européenne sur les mesures de biosécurité ?

ACL : L’objectif du projet est le partage de pratiques que les éleveurs et leurs conseillers puissent mettre en application sur le terrain, mais le projet va pointer aussi des manques. Les résultats du projet seront mis à disposition de tous les acteurs avicoles, y compris les autorités nationales, qui pourront en tirer leurs conclusions.

Si le fait d’avoir des obligations joue sur l’observance des mesures de biosécurité, cela incitera sans doute à plus de cadres. À l’inverse, dans certains cas, malgré les obligations légales, si certaines mesures ne sont pas observées, cela signifiera que la règlementation devra être accompagnée par d’autres solutions, comme le coaching, la formation, etc

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